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Vue aérienne d’un dépôt industriel avec de grandes piles de grumes près des bâtiments d’une usine de transformation du bois
Communiqués de presse

L’UE brûle près de la moitié du bois récolté et appelle cela « énergie verte ». 44 organisations demandent la fin des subventions

Agent Green et une coalition internationale d’organisations environnementales demandent de retirer la biomasse ligneuse des sources renouvelables et de comptabiliser ses émissions réelles. Le document est transmis aujourd’hui aux ministres responsables de l’environnement et de la nature en Europe, dont la ministre roumaine Diana Buzoianu.

Bucarest, le 24 septembre 2026 – Agent Green rejoint une coalition internationale de 44 organisations non gouvernementales d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Afrique qui publient aujourd’hui le document de position « Pourquoi l’UE doit arrêter les subventions à la combustion des arbres : une erreur de politique publique à corriger ».

Le document est transmis aux ministres responsables de l’environnement et de la protection de la nature en Europe. En Roumanie, Agent Green l’adresse à la ministre de l’Environnement, des Eaux et des Forêts, Diana Buzoianu, en demandant au gouvernement de soutenir activement la correction de la législation européenne et la suppression des incitations publiques à brûler du bois.

Les chiffres révèlent l’une des contradictions les plus coûteuses de la politique climatique européenne : près de la moitié — 47 % — de tout le bois récolté chaque année dans l’Union européenne est brûlée pour produire seulement environ 9 % de l’énergie consommée. Par unité d’énergie produite, la combustion de biomasse ligneuse émet à la cheminée davantage de dioxyde de carbone que le charbon et la plupart des combustibles fossiles. Pourtant, ses émissions restent considérées comme nulles dans le système européen d’échange de quotas d’émission — EU ETS.

Cette convention comptable ne change pas la physique de l’atmosphère. Le carbone est libéré immédiatement par la combustion, tandis que la repousse des arbres et la recapture d’une quantité équivalente de CO₂ peuvent prendre des décennies, voire davantage. Pendant la période critique où l’humanité doit réduire drastiquement ses émissions, brûler du bois ajoute du carbone dans l’atmosphère et réduit simultanément la capacité des forêts à l’absorber.

En 2022, les émissions de la combustion de biomasse équivalaient à 15,7 % des émissions de l’ensemble du secteur énergétique de l’Union européenne, un volume comparable aux émissions de toute l’économie allemande cette année-là. Parallèlement, la capacité des forêts et des terres de l’Union européenne à absorber le carbone a diminué de 43 % par rapport à 2001. Le Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique a notamment associé cette dégradation à l’usage croissant de la bioénergie.

« Si vous retirez un arbre de la forêt, le brûlez et déclarez ses émissions nulles, vous n’avez pas décarboné l’énergie. Vous avez seulement décarboné la comptabilité. L’atmosphère reçoit le carbone, la forêt perd sa capacité d’absorption et le contribuable paie pour les deux », déclare Gabriel Păun, président d’Agent Green.

Les forêts sont transformées en combustible avec de l’argent public

L’inclusion de la biomasse ligneuse dans la directive sur les énergies renouvelables — RED — a créé une immense demande artificielle de bois. Comme presque toute catégorie de bois peut être brûlée, les subventions ont donné une valeur énergétique même aux arbres et assortiments qui n’avaient auparavant aucun débouché commercial. Troncs, bois de vieilles forêts, arbres de formes ou dimensions inadaptées à l’industrie et bois dit « de qualité inférieure » peuvent aboutir dans des centrales et des usines de granulés.

Les conséquences dépassent largement la perte des arbres. L’exploitation intensive et les coupes rases réduisent le carbone stocké dans le sol, perturbent le cycle de l’eau, diminuent la capacité des forêts à rafraîchir et purifier l’air, fragmentent les habitats et accélèrent le déclin de la biodiversité. Les analyses d’images satellitaires indiquent aussi une hausse de l’exploitation dans les sites Natura 2000, alors que la plupart des habitats et espèces protégés par ce réseau sont déjà dans un état de conservation défavorable.

L’Europe paie massivement cette destruction. Pour la seule année 2024, les citoyens de l’Union européenne ont acquitté, par leurs impôts et leurs factures d’énergie, environ 15 milliards d’euros pour soutenir la bioénergie. Depuis 2015, le soutien public dépasse 180 milliards d’euros ; le document avertit que le montant réel est supérieur, car les données déclarées par certains États sont incomplètes. En outre, les entreprises brûlant une biomasse jugée conforme à RED n’ont pas à payer de quotas EU ETS pour les émissions produites.

Le coût direct de l’électricité produite à partir de biomasse est trois à quatre fois supérieur à celui de certaines alternatives renouvelables plus propres. Les subventions maintiennent artificiellement un modèle énergétique peu performant, alors que les mêmes ressources pourraient financer l’isolation des bâtiments, les pompes à chaleur, l’énergie solaire et éolienne, le stockage et la modernisation des réseaux.

La demande subventionnée de combustible ligneux augmente aussi les prix pour les autres industries du bois, affectant les fabricants de meubles, matériaux de construction, papier, panneaux et isolants, ainsi que les ménages encore dépendants du bois pour se chauffer. Des organisations industrielles européennes, des petites et moyennes entreprises et même des sociétés comme IKEA ont demandé la suppression des incitations favorisant la combustion au détriment du réemploi, du recyclage et des produits en bois à longue durée de vie.

Une menace également pour la santé publique

La combustion du bois aggrave la pollution de l’air dans les villes, les régions montagneuses et les communautés rurales. La fumée contient des particules PM10, PM2,5, PM1 et ultrafines capables de pénétrer profondément dans les poumons et l’organisme. Les enfants, les personnes âgées et celles atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires sont les plus vulnérables.

Le document présente des éléments montrant que la combustion du bois peut produire davantage de particules fines toxiques que le charbon, pour tous les types d’installation analysés. Les poêles modernes peuvent réduire la masse des particules émises, mais certains indices suggèrent qu’ils peuvent générer un plus grand nombre de particules ultrafines. La fumée de bois est reconnue comme un risque sanitaire majeur, et des villes comme Londres et Paris ont déjà commencé à restreindre sa combustion.

La Roumanie ne peut pas sortir de la crise climatique en brûlant du bois

La Roumanie est particulièrement exposée à cette erreur de politique énergétique. Selon les données analysées dans le document, la biomasse solide représentait en 2020 environ 57,3 % de la consommation d’énergie officiellement déclarée renouvelable en Roumanie, et la biomasse ligneuse primaire représentait à elle seule environ 28,7 %.

Cette dépendance ne doit pas être perpétuée par de nouvelles centrales et des subventions supplémentaires. On demande simultanément aux forêts roumaines de stocker le carbone, rafraîchir le territoire, retenir l’eau, réduire les effets des sécheresses et inondations et protéger la biodiversité. Elles ne peuvent pas remplir ces fonctions si l’argent public les transforme en combustible.

Plusieurs États européens ont déjà engagé le retrait des aides. Les Pays-Bas ont supprimé en 2022 les subventions aux nouvelles centrales à biomasse pour l’électricité et le chauffage. La Pologne a exclu en 2025 l’énergie issue de biomasse ligneuse primaire des financements. La France a réduit ou supprimé plusieurs dispositifs de soutien, et le Danemark a annoncé en 2026 son intention de renoncer progressivement aux importations de biomasse. De plus en plus de réseaux de chaleur urbains choisissent les pompes à chaleur industrielles, les chaudières électriques et la géothermie plutôt que la combustion du bois.

Les deux changements demandés à l’Union européenne

La coalition demande que le prochain paquet européen sur le climat et l’énergie après 2030 retire entièrement la biomasse ligneuse de la liste des sources renouvelables de la directive RED. Même les résidus d’exploitation et de transformation du bois doivent sortir des catégories bénéficiant automatiquement de promotion et de soutien public.

Dans le même temps, l’Union européenne doit cesser de considérer les émissions de biomasse ligneuse comme nulles dans l’EU ETS. Les centrales doivent déclarer et supporter le coût des émissions réelles de combustion, comme les autres producteurs d’énergie.

Les milliards d’euros économisés doivent être réorientés vers la réduction de la consommation d’énergie, l’isolation des bâtiments, le stockage, la modernisation des réseaux, l’électrification du chauffage, la restauration des écosystèmes forestiers et une sylviculture à couvert continu plutôt que les coupes rases.

La démarche ne demande pas l’interdiction immédiate du bois là où les populations n’ont pas encore d’alternative. Elle demande que l’Union européenne cesse de payer les grandes entreprises pour brûler toujours plus d’arbres et cesse de présenter cette combustion comme une solution climatique.

Agent Green demande à la ministre Diana Buzoianu de soutenir publiquement ces deux réformes, de les intégrer à la position officielle de la Roumanie dans les négociations européennes et d’arrêter les financements nationaux des projets qui transforment les forêts en combustible.

Lire et télécharger le document intégral : « Pourquoi l’UE doit arrêter les subventions à la combustion des arbres — une erreur de politique publique à corriger ».

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