
La nature ignorée dans le plan européen de relance et de résilience
La Roumanie parmi les pays européens les plus ambitieux
Bucarest, Bruxelles – 18.03.2021
Les États membres de l’UE prévoient de consacrer trop peu d’argent à la protection de la nature sur les 672 milliards € accordés par la Commission européenne au titre de la Facilité pour la reprise et la résilience (RRF), dénonce une coalition européenne d’ONG environnementales à l’occasion de la réunion des ministres de l’Environnement de toute l’UE, jeudi 18 mars 2021. La coalition a remis aux ministres la lettre suivante :
Lettre commune sur les fonds de relance de l’UE (PDF en anglais)
Contrairement à d’autres pays, la Roumanie a toutefois présenté, par la voix du président Klaus Iohannis, un plan plus généreux pour la nature le 17 mars. Sur environ 31 milliards €, quelque 37% sont destinés à lutter contre le changement climatique et à protéger la biodiversité. Pendant les débats précédant l’annonce faite hier par le Président, Agent Green avait critiqué la première version du plan roumain, car elle abordait davantage les effets que les causes du changement climatique et de la perte de biodiversité. De plus, la transition vers la production et la consommation d’énergie verte n’était pas abrupte. La version présentée hier comprend des améliorations importantes. Même si elle insiste encore sur le gaspillage de sommes immenses pour des projets d’irrigation, de drainage et de systèmes antigrêle (6,2 milliards €) dans des zones déjà en cours de désertification, des progrès significatifs ont néanmoins été réalisés dans la version améliorée du PNRR (Plan national de résilience et de relance).

L’organisation salue, par exemple, l’augmentation du budget initialement alloué à l’extension de la superficie boisée du pays, passé de 0,36 milliard d’euros (qui comprenait aussi 200 pavillons de chasse) à 1,5 milliard d’euros. À ce sujet, Agent Green a averti que la Roumanie manquait de plants à mettre en terre et a proposé la création de 40 lignes automatisées capables de produire 800 millions de plants par an pour un coût de 0,1 EUR / plant, de quoi augmenter la superficie boisée de la Roumanie de 160 000 hectares chaque année. Dans la même proposition, Agent Green demandait aussi des fonds pour créer des ceintures forestières, des prairies arborées et des forêts urbaines. Ces idées figurent dans la dernière version du PNRR.

Les écologistes saluent également l’augmentation à 1,3 milliard d’euros de la somme destinée à diversifier les sources de production et de consommation d’énergie verte. Agent Green a proposé de couvrir les toits des logements collectifs de panneaux solaires pour le chauffage et l’eau chaude, et d’équiper les logements privés de pompes à chaleur, de chauffage au sol et de panneaux solaires pour produire de l’énergie.

Agent Green salue tout particulièrement les investissements dans la conservation de la biodiversité, y compris les projets de restauration écologique des écosystèmes dégradés et l’extension des superficies strictement protégées, notamment par la conservation des dernières forêts primaires et anciennes. L’organisation salue aussi les sommes importantes consacrées à l’amélioration du transport ferroviaire, le mode de transport le plus écologique.
En revanche, le projet roumain d’allouer des fonds importants au bétonnage de plusieurs rivières reste incertain, à l’opposé de la Stratégie européenne pour la biodiversité qui prévoit la renaturation de nombreuses rivières, la Roumanie ayant pour objectif de rendre à la nature environ 2000 km de cours d’eau.
À l’autre extrémité, la Bulgarie, par exemple, n’a alloué que 0,72% des fonds à la biodiversité. La Pologne prévoit de consacrer des sommes énormes à son plan contre la sécheresse, des plans qui compromettent la protection de sa biodiversité et de ses ressources en eau. Ce manque d’attention est d’autant plus préoccupant que 81% des habitats de l’UE sont dégradés, selon l’Agence européenne pour l’environnement.
Alors que les États membres ont jusqu’au 30 avril pour finaliser leurs plans, beaucoup n’ont toujours pas organisé de débats publics ni publié les informations clés sur les financements prévus. Le Conseil des ministres de l’Environnement de jeudi est l’occasion d’assumer un rôle moteur dans la poursuite de l’élaboration de ces plans pour les renforcer et en faire un catalyseur de la transformation verte de l’économie de l’UE.
Daniel Thomson, chargé des politiques européennes pour la biodiversité au sein de CEE Bankwatch Network, a déclaré : « Après des décennies d’investissements anémiques et de négligence, la biodiversité et la conservation de la nature doivent devenir une priorité. Pourtant, de nombreux États membres passent à côté du potentiel de ces fonds, en n’incluant aucune mesure pour améliorer la santé de la nature malgré l’immense possibilité d’investir dans de véritables améliorations. »
Gabriel Schwaderer, directeur d’EuroNatur, a déclaré : « Bien que les plans nationaux de relance et de résilience soient censés atteindre des objectifs environnementaux, nous nous demandons comment la Commission européenne les a évalués et quel rôle joue et jouera ici la taxonomie verte de l’UE. Nous avons besoin d’un outil fiable et de critères transparents pour éviter l’écoblanchiment. »
Gabriel Păun, président d’Agent Green, a déclaré : « Des débats ont eu lieu en Roumanie. Beaucoup d’initiatives de la société civile ont été prises en compte et la dernière version du PNRR comprend des plans plus ambitieux pour la biodiversité et le changement climatique. Il reste du travail sur les projets d’autres chapitres du PNRR, avec des projets majeurs susceptibles d’avoir un impact négatif important sur l’environnement, mais pour l’instant nous sommes sur la bonne voie. »
Contacts presse
Daniel Thomson
Chargé des politiques européennes pour la biodiversité
CEE Bankwatch Network
Anja Arning
Responsable de la communication
EuroNatur
Gabriel Păun
Président
Agent Green
office@agentgreen.org
[1] La lettre commune est disponible ici : The EU Recovery Funds: time to start properly investing in biodiversity and nature conservation – Bankwatch (PDF en anglais)
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