
L’ours géant Arthur, abattu par un prince autrichien dans une aire naturelle protégée à Ojdula, Covasna
Les ONG proposent au ministère de l’Environnement des solutions pour mettre fin à la chasse aux trophées
Bucarest, le 5 mai 2021 – Les organisations Agent Green et VGT (Autriche) condamnent la mort de l’ours brun Arthur, tué par le chasseur de trophées, le prince Emanuel von und zu Liechtenstein, venu en Roumanie en mars pour l’abattre.
Le prince Emanuel von und zu Liechtenstein, résidant à Riegersburg, dans la région autrichienne de Styrie, a fondé la mise à mort du plus grand ours sur une dérogation du ministère roumain de l’Environnement accordée pour éliminer une ourse accompagnée de petits qui aurait causé des dégâts l’an dernier dans certaines fermes d’Ojdula, dans le département de Covasna. Mais en réalité, le prince n’a pas tué l’ours problématique, mais un mâle qui vivait au cœur de la forêt et ne s’était jamais approché des localités. Arthur avait été observé pendant plusieurs années par le garde d’Agent Green de cette zone et était connu comme un animal sauvage non habitué à la présence humaine ni aux sources de nourriture fournies par l’homme. Son habitat était l’aire protégée Natura 2000 Oituz-Ojdula ROSCI0130.
Images de Riegersburg, Autriche, en libre diffusion :
« Arthur avait 17 ans et était le plus grand ours que nous ayons observé en Roumanie. Les mesures du cadavre indiquent qu’Arthur avait 593 points CIC. Nous n’avons jamais entendu parler auparavant d’un tel score record chez les ours vivants. Je me demande comment le prince a pu confondre une femelle avec ses petits qui vient au village avec le plus grand mâle vivant au cœur de la forêt. Il est clair que le prince n’est pas venu résoudre le problème des habitants, mais tuer l’ours et rapporter chez lui le plus grand trophée pour l’accrocher au mur. Nous avons affaire à une partie de braconnage, puisqu’ils ont abattu le mauvais ours », a déclaré Gabriel Paun, président d’Agent Green.

L’ours Arthur

L’ours Arthur

Calcul du score du trophée

Arthur abattu
« L’ours est confronté à de multiples menaces qui mettent sa survie en danger : la dégradation de son habitat, le changement climatique et la persécution humaine. Le ministère de l’Environnement doit s’attaquer aux causes du conflit entre humains et ours, et non à ses effets. Le prélèvement des grands mâles déstructure la population et peut conduire à la consanguinité. On ne sait pas combien d’ours existent réellement et tout quota dérogatoire accordé est dangereux. La chasse aux trophées doit être interdite. Sinon, les conflits augmenteront et l’espèce sera menacée d’extinction, comme cela s’est produit dans la majeure partie de l’Europe », a déclaré Ann-Kathrin Freude, coordinatrice des campagnes de VGT (Verein Gegen Tierfabriken), organisation de défense des droits des animaux en Autriche. « C’est une honte pour l’Autriche que le prince Emanuel ait abusé d’une dérogation pour tuer ce superbe ours, simplement pour ajouter une nouvelle prise à sa liste de trophées. »
L’ours brun est une espèce strictement protégée par la législation de l’UE et la Convention de Berne. Les dérogations sont des exceptions accordées dans des cas extrêmes, au cas par cas, après une évaluation approfondie de la situation ; la méthode létale est le dernier recours lorsque les autres solutions (y compris la relocalisation) ont échoué et que l’ours problématique met en danger des vies humaines et des foyers. La Commission européenne a approuvé un budget pour que les États membres indemnisent immédiatement et équitablement tout agriculteur subissant des dégâts sur ses propres terres ou dans des zones où il dispose d’un contrat pour pratiquer l’agriculture.
Le 28 avril 2021, Agent Green a rencontré le maire d’Ojdula et visité plusieurs foyers de ce village. « Nous avons parlé aux habitants ayant signalé des attaques de l’ourse, notamment à M. Berszan Gheorghe, qui a demandé à l’Association de chasse Botos, en janvier 2021, d’abattre l’ourse qui lui avait causé des dégâts durant l’été 2020. M. Gheorghe comme d’autres villageois ont leurs habitations à la périphérie du village, directement à côté de l’habitat de l’ours. Aucun n’a de clôture électrique. En fait, aucun n’a de clôture d’aucune sorte du côté de la forêt. Aucun n’a reçu d’indemnisation pour les dégâts subis. Aucun ne s’est plaint d’un ours mâle, mais de femelles avec des petits. Chaque agriculteur avec lequel nous avons parlé a dit que rien n’avait changé depuis que l’ours mâle avait été abattu et que la femelle continuait à venir quotidiennement dans les propriétés. Les foyers n’ont pas de chiens de races spéciales qui éloignent les ours et ne mettent en œuvre aucune mesure de coexistence et de coadaptation. Nous avons demandé à M. Gheorghe de lire sa propre plainte adressée à l’association de chasse, mais il n’a pas été capable de le faire. La mort d’Arthur est extrêmement suspecte et il appartient à la police de faire la lumière sur cette affaire », a ajouté Păun.

La plainte de M. Berszan Gheorghe

Berszan Gheorghe et sa propriété d’Ojdula, sans protection contre les ours

Propriété à Ojdula, département de Covasna, jouxtant directement l’habitat de l’ours, propriétaire Reman Zoltan

Discussion avec le maire d’Ojdula
La Roumanie a systématiquement enfreint la législation communautaire dans ce domaine depuis son entrée dans l’UE en fixant des quotas de prélèvement et de dérogation sans jamais mettre en œuvre de mesures de coexistence et de coadaptation. Surtout, la Roumanie n’a jamais mesuré sa population d’ours par des méthodes scientifiques comprenant des échantillons d’ADN. Les mesures réalisées jusqu’ici se sont fondées uniquement sur les observations directes des représentants des territoires de chasse. Une telle méthodologie a permis de compter plusieurs fois le même ours en une seule journée et, par conséquent, on n’a jamais su combien d’ours se trouvaient en Roumanie. Dans le cas d’Arthur, il est possible que l’ours ait parcouru des centaines de kilomètres entre l’été dernier, lorsque l’agriculteur Berszan Gheorghe a signalé qu’une ourse lui aurait causé des dégâts, et janvier, lorsqu’il a décidé de demander à l’association de chasse d’abattre l’animal. Toute la documentation ultérieure nécessaire à la légalisation apparente de la partie de chasse du prince a été préparée dans une grande précipitation.
« La Roumanie a le privilège d’avoir pu offrir un habitat à cette espèce emblématique située au sommet de la pyramide trophique de la zone climatique tempérée. Il faut un plan national ambitieux qui s’attaque aux menaces pesant sur l’espèce et investisse dans des mesures de coexistence et de coadaptation. Le pays pourra ensuite se promouvoir comme la capitale européenne de la biodiversité. Le potentiel de l’écotourisme reste inégalé », a ajouté Păun, spécialiste de l’écologie et de l’écotourisme.
« Des mesures plus fermes sont également nécessaires. Lorsque la solution létale est la seule qui reste, un gendarme et un commissaire de l’environnement devraient aussi être présents. Il faudrait éviter les tirs, en donnant la priorité à la tranquillisation suivie de l’euthanasie. Pour mettre un terme à la chasse aux trophées, tous les ours morts devront être incinérés après le prélèvement d’échantillons d’ADN. La même chose a été faite avec l’ivoire des éléphants pour sauver cette espèce », a conclu Păun.
Contacts presse :
Ann-Kathrin FREUDE, VGT (Verein Gegen Tierfabriken), +436801199362, ann-kathrin.freude@vgt.at
Gabriel PAUN, Agent Green, Président, office@agentgreen.org
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