
La Cour constitutionnelle ouvre la boîte de Pandore : les parcs nationaux peuvent être sacrifiés à des projets hydroélectriques controversés
Bucarest, le 24 juin 2026 – Agent Green, Bankwatch et DeClic expriment leur indignation face à la décision rendue aujourd’hui par la Cour constitutionnelle de Roumanie (CCR), déclarant constitutionnelle la loi proposée par le chef des sénateurs du PSD, Daniel Zamfir.
Le projet de loi propose de mutiler 27 parcs nationaux et naturels pour achever des projets hydroélectriques de l’époque Ceaușescu dont l’apport énergétique national est presque inexistant, inférieur à 1 %. La CCR s’est prononcée à la suite d’une saisine du président de la Roumanie et des efforts de la société civile pour empêcher cette loi potentiellement dévastatrice.
« Cette décision ouvre une boîte de Pandore que la Roumanie regrettera longtemps. Si nous déplaçons aujourd’hui les limites des parcs nationaux pour quelques centrales hydroélectriques, nous pourrons demain les déplacer pour n’importe quel autre intérêt économique. La nature ne peut être négociée indéfiniment ni redessinée au gré des intérêts politiques du moment. D’autant plus qu’il s’agit de projets qui contribuent pour moins de 1 % à la production nationale d’énergie. Le plus frustrant, c’est qu’il existe des alternatives beaucoup plus efficaces », a déclaré Gabriel Păun, président d’Agent Green.
La Roumanie peut produire davantage d’énergie en modernisant les centrales hydroélectriques existantes, en développant les capacités de stockage et en réalisant des centrales de pompage-turbinage dans des zones qui n’affectent ni les parcs nationaux, ni les rivières sauvages, ni les habitats protégés. « Nous avons déjà identifié de telles solutions et sommes prêts à en discuter avec les autorités. Nous ne sommes pas contre l’énergie. Nous sommes contre la destruction inutile de la nature lorsqu’il existe de meilleures options. La sécurité énergétique et la protection de la nature ne sont pas des objectifs contradictoires. Le conflit naît lorsque les décisions sont prises sans dialogue, sans respect de l’expertise et sans évaluation honnête des alternatives disponibles », a ajouté Păun.
PLx-14/2023 – un projet de loi écocidaire
Dès son adoption par la Chambre des députés le 15 octobre 2025, les ONG environnementales ont signalé son incompatibilité avec le système juridique actuel. Les organisations de la société civile considèrent PL-x 14/2023 comme une nouvelle tentative désespérée d’achever des projets hydroélectriques inefficaces et coûteux dont les autorisations environnementales ont déjà, dans de nombreux cas, été suspendues ou annulées par les tribunaux pour de graves violations de la loi. Les ONG environnementales sont déterminées à saisir les institutions européennes des conséquences écologiques et juridiques dévastatrices de PL-x 14/2023.
La société civile n’est pas la seule à s’être inquiétée de cette proposition. Lors de son dépôt, le projet avait reçu les avis défavorables suivants : commission de l’économie, de l’industrie et des services ; commission de l’environnement ; commission des eaux, des forêts, de la pêche et de la chasse ; commission de l’énergie, des infrastructures énergétiques et des ressources minérales ; Conseil économique et social, de la part des associations et fondations. Le gouvernement avait lui aussi donné un avis défavorable, alors que cette version ne présentait pas encore le même potentiel destructeur que celle de 2025, aujourd’hui déclarée constitutionnelle.
« La mise à mort de la nature a été déclarée constitutionnelle aujourd’hui. La sécheresse et la déforestation qui suivront ont été approuvées par les plus grands partis, avec la participation de la CCR, au nom de la “sécurité nationale”. La sécurité nationale ne signifie pas des projets énergétiques inefficaces au profit d’entreprises corrompues. Elle signifie un avenir digne pour les générations futures, ce qui ne peut exister sans protéger la nature. Nous continuerons à lutter pour les êtres humains et la nature et à dire NON au système corrompu qui veut du béton à la place des forêts, du profit à la place d’un air pur pour nous tous, et la sécheresse à la place de l’eau pour les communautés », a déclaré Viviana Stoica, coordinatrice de la campagne hydroélectricité de Bankwatch Roumanie.
« Si les institutions roumaines choisissent de mutiler 27 parcs nationaux pour des projets hydroélectriques en faillite, nous chercherons justice plus loin. Nous ne nous arrêterons pas ici. Nous saisirons la Commission européenne, car la modification illégale des limites des sites Natura 2000 n’est pas un dérapage que nous pouvons ignorer ! », a déclaré Roxana Pencea Brădățan, coordinatrice de campagnes chez DeClic.
La modernisation, voie vers une énergie bon marché et véritablement verte
Les organisations environnementales appellent les responsables politiques roumains à assurer la sécurité énergétique nationale par des moyens modernes, sûrs, peu coûteux et respectueux du patrimoine naturel roumain. Une solution très accessible est la modernisation des centrales hydroélectriques existantes, qui pourrait augmenter leur production jusqu’à 7 %, sans défricher les forêts vierges ni assécher les rivières. Elle peut être complétée par l’extension des capacités solaires et éoliennes et par des investissements dans le stockage. Hidroelectrica a elle-même constaté le rendement économique de la modernisation et a investi en 2025 dans des unités de stockage de 256 MWh à Porțile de Fier II, grâce aux fonds du PNRR.
Contacts :
- Viviana Stoica – coordinatrice de la campagne hydroélectricité, Bankwatch Roumanie – viviana.stoica@bankwatch.org
- Gabriel Păun – président d’Agent Green – office@agentgreen.org – Énergie et décarbonation
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