La Roumanie abrite la majeure partie des dernières forêts primaires et quasi primaires d’Europe tempérée — des écosystèmes d’une valeur inestimable pour la biodiversité, le climat et le patrimoine naturel européen. Pourtant, leur protection a été marquée par des retards, des blocages administratifs et des pertes irréversibles.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Le Catalogue national des forêts vierges et quasi vierges, instrument officiel de protection, a évolué lentement et de façon insuffisante au regard des besoins réels de conservation.
•La superficie inscrite au Catalogue a augmenté ces dernières années, dépassant le seuil d’environ 70 000 hectares
•Les estimations scientifiques indiquent l’existence de centaines de milliers d’hectares de forêts présentant des caractéristiques de forêt primaire ou quasi primaire
•L’objectif initial de 1999 — 400 000 hectares strictement protégés — reste loin d’être atteint
En parallèle, l’Union européenne a établi, par sa stratégie pour la biodiversité à l’horizon 2030, l’obligation d’une protection stricte d’au moins 10 % de la superficie terrestre, incluant toutes les forêts primaires et anciennes. La Roumanie ne remplit toujours pas cette obligation, ni qualitativement ni quantitativement.
• La superficie protégée augmente, mais à un rythme insuffisant
• La Roumanie fait l’objet de procédures d’infraction européennes pour les coupes illégales et la dégradation des forêts dans les sites Natura 2000
• La pression augmente pour cartographier intégralement les forêts primaires et instaurer une protection automatique, et non bureaucratique
Où sont les forêts primaires proposées dans les études ? — Infographie Agent Green
Le problème systémique : la bureaucratie qui détruit la forêt
La procédure d’inscription au Catalogue reste lente, opaque et vulnérable aux blocages institutionnels.
Par le passé, les données officielles fournies par les institutions ont été contradictoires :
~9 300 ha
Ministère de l’Environnement : hectares analysés
~24 000 ha
Gardes forestières : hectares documentés
Cet écart n’a jamais été complètement expliqué. Entre-temps, les forêts identifiées pour être protégées ont continué d’être exploitées.
Le coût réel : des forêts perdues à jamais
Dans de nombreux cas, le retard de protection a directement entraîné :
des exploitations forestières dans des zones documentées scientifiquement
la fragmentation d’écosystèmes intacts
la perte d’une biodiversité unique
L’exemple des forêts de Colții Bâlei reste emblématique :
initialement acceptées pour l’inscription
puis retirées des registres
entre-temps, affectées par l’exploitation
Répartition des études déposées : sur 30 336 ha, seuls 20 % ont été acceptés — Infographie Agent Green
La voix d’Agent Green
« Cet échec n’est pas un accident. Il est le résultat direct de l’absence de volonté politique. Sous nos yeux disparaissent les dernières forêts intactes d’Europe. »
« Trop peu de forêts ont été protégées, et beaucoup uniquement grâce à la pression publique et à nos interventions directes sur le terrain. »
Contexte européen : des obligations claires, des résultats faibles
La Roumanie a des obligations fermes :
•protéger les forêts primaires conformément à la stratégie de l’UE pour la biodiversité
•respecter la législation Natura 2000
•arrêter la perte de biodiversité d’ici 2030
Pourtant, la mise en œuvre est retardée, la protection est incomplète et l’exploitation se poursuit jusque dans les zones sensibles.
Ce qu’il faut faire d’urgence
Agent Green demande :
1
Une protection immédiate
Toutes les forêts primaires identifiées doivent être protégées automatiquement, sans longues procédures bureaucratiques.
2
Un inventaire complet
Une cartographie nationale transparente et l’implication de la communauté scientifique indépendante.
3
L’arrêt des exploitations
Un moratoire sur l’exploitation des forêts à forte valeur, de véritables contrôles et des sanctions.
4
L’alignement sur les objectifs de l’UE
Atteindre le seuil de 10 % de protection stricte et contribuer réellement aux objectifs climatiques et de biodiversité.
La Roumanie a une responsabilité unique en Europe : protéger les dernières forêts primaires de la zone tempérée.
Chaque année de retard signifie des hectares perdus, des écosystèmes détruits et des occasions manquées.
Protéger ces forêts n’est plus une option. C’est une urgence.